■ Grâce et dénuement, Alice Ferney ■
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«Rares sont les Gitans qui acceptent d'être tenus pour pauvres, et nombreux pourtant ceux qui le sont. Ainsi en allait-il des fils de la vieille Adeline. Ils ne possédaient que leur caravane et leur sang. Mais c'était un sang jeune qui flambait sous la peau, un flux pourpre de vitalité qui avait séduit des femmes et engendré sans compter. Aussi, comme leur mère qui avait connu le temps des chevaux et des roulottes, ils auraient craché par terre à l'idée d'être plaints.»
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«Simon et Héléna, Lulu et Misia, Moustique et Milena, Antonio et Nadia. Et son Angelo solitaire. Elle les couvait de son regard jaune, ses enfants qui avaient pris femme et se multipliaient, les comptait dans ses prières, Sainte Marie mère de Dieu, protégez toute ma famille, et faites que Simon soit doux et bon. (Car Dieu nous donnant à tous un fardeau, le Simon était brutal et fou.) »
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«Elle lisait et le reste attendait. Le monde était évanoui, et morte ainsi sa dureté, et le froid des jours d'automne oublié lui aussi. D'ailleurs il se mit à pleuvoir quelques gouttes et personne ne bougea. Elle lut le livre jusqu'à la fin, et ce jour-là les enfants repartirent en criant des mercis.»
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«Sa rage à lui ne resta pas cachée. La première nuit, à coups de batte de fer, il défonça sa caravane. Il jurait, hurlait ce prénom Héléna, dévoilait leurs secrets en menaçant la nuit froide (et le souffle qui sortait de lui comme une brume, à la fois humide et haletant, semblait celui d'une bête) puis il se remettait à taper.»
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«Et Angelo, où il est passé ? On ne le voit jamais ! Si, dit Angéline, moi je le vois. Puis elle confia : Il a peine à vivre. Et disant cela elle regarda Esther d'une étrange manière. Il a pas de femme à lui, dit Angéline. Esther ne disait rien. Non, dit Angéline à regret, personne pour le dorloter mon petit, personne à lutiner.»
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Un roman d'Alice Ferney. C'est-à-dire, un roman envoûtant, beau, long, triste. C'est une sorte de fresque familiale montrant la dureté de la vie des Gitans mais aussi, leur bonheur. On ne peut le lire que d'un trait, et aspirer goulûment cette force qui émane du livre. Le style d'Alice Ferney est simple mais tellement beau ! D'une beauté tragique. Merci.
. A . L I R E .