*•4•*

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Effroyables jardins, Michel Quint ■


♥♥♥♥


«Certains témoins mentionnent qu'aux derniers jours du procès de Maurice Papon, la police a empêché un clown, un auguste, au demeurant fort mal maquillé et au costume de scène bien dépenaillé, de s'introduire dans la salle d'audience du palais de justice de Bordeaux


«Mon père était un joyeux drille, voilà tout. On disait : un sacré. André, c'est un sacré ! Combien de fois l'ai-je entendu, avant qu'on ne s'aperçoive de mes tourments et qu'on se taise devant le gamin du sacré...»


«...Fin 42, début 43, que c'était. Moi et puis ton père, par notre petit groupe de résistants, on avait reçu l'ordre de faire sauter tous les transfos de l'arrondissement. Et d'abord celui de la gare de Douai. J'ai même jamais su pourquoi...»


«Notre gardien. Finalement, ils nous en avaient envoyé un. Un demeuré des tourbières, un simplet !»


«Je m'appelle Bernhard Wicki et je suis clown»


♥♥♥♥


Le livre, autant que le livre est émouvant par sa simplicité et par sa beauté. Les mots, les images nous atteignent droit au coeur. L'entente, le pardon, l'amitié sont délicatement abordé au milieu de l'Affreuse Guerre. Et que la grenade est touchante
Dans nos effroyables jardins

(Apollinaire)

. A . L I R E .


# Posté le vendredi 06 juillet 2007 08:13

Modifié le mercredi 11 juillet 2007 06:38

•5•

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Aimer à peine, Michel Quint ■


♥♥♥♥


«Même si ça commençait par une fin, je pensais qu'on allait vivre un roman d'amour tout du long, Inge et moi...»


«Bien sûr Gaston et toi vous m'avez échaudé une fois, montré l'envers des apparences, et mépriser cette famille d'être allemande, je voulais pas, mais je pouvais pas empêcher le vieux fond de remonter sournoisement. On se rend même pas compte de sa mocheté. Les certitudes et préjugés de débarquer en pays conquis, chez les nazis vaincus de 45, en veux-tu en voilà... !»


«Inge, tu la voyais rien que du coin de l'oeil et aïeaïeaïe ! Robe tournesol façon Courrèges, courte, courte, courte... !»


«Parce que cette affaire du sabotage du transfo de la gare de Douai, lui aussi l'avait vécue ! Il ne se souvenait pas de toi, papa, ni de Gaston, mais ne reniait rien de son propre rôle dans cette farce.»


♥♥♥♥


Une sorte de suite (et fin) d'Effroyables jardins. Bon. Ca se lit. C'est toujours gentil. Plein de bons sentiments. De bonnes idées. Je ne vois pas en quoi cette suite aide le roman. On voit un garçon obsédé par l'héroïsme de son père, qui s'identifie à lui et qui ne peut plus s'en dépêtre et vivre ainsi sa propre vie. On voit un amour. Mais on voit une Allemagne qui se reconstruit peu à peu, avec des hauts et des bas. Une histoire indépendante aurait pu être intéressante. Dommage. (mais ceci n'est que mon avis :p)


# Posté le vendredi 06 juillet 2007 14:24

•6•

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Le jour de ma mère, Joël Schmidt ■


♥♥♥♥


«Pendant longtemps mon existence aura été réduite à ce fugitif instant d'un premier août où j'ai glissé, dans le sang et les humeurs, hors de ma mère qui n'oubliait pas, au milieu de ses cris, sa propre douleur d'avoir vu le jour un premier août comme mon père qu'elle avait épousé, affirmait-elle, pour cette seule raison.»


«Si le jour du premier août suscitait chez ma mère tant de troubles, c'était bien parce que nous étions désignés par une providence implacable à un destin singulier dont elle était l'interprète et la messagère.»


«Tandis qu'Elisabeth, surprise et attristée, que je croyais comme moi hantée par les dates, alors qu'elle en faisait simplement profession, me rappelait à ses désirs, je finis par lui demander, hurlant de rage, le jour où elle s'était aperçue qu'elle avait de la poitrine, celui où elle avait remarqué les premiers poils sous les aisselles ou bien encore celui où elle avait été nubile, pour voir si ces jours correspondaient à ceux que j'avais cru deviner.»


♥♥♥♥


Comme quoi, les gens peuvent être obsédés par n'importe quoi. Je n'ai pas aimé cette histoire trop "horrible" et "surréaliste" pour moi. Elle reste décevante sur la fin, on a le sentiment de voir uniquement une famille obsédée et presque paralysée par une simple date. Le mot famille n'est même pas adaptée parfaitement à eux. Ils ne le sont que par l'aide de cette date.

# Posté le samedi 07 juillet 2007 04:33

•7•

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Grâce et dénuement, Alice Ferney ■


♥♥♥♥


«Rares sont les Gitans qui acceptent d'être tenus pour pauvres, et nombreux pourtant ceux qui le sont. Ainsi en allait-il des fils de la vieille Adeline. Ils ne possédaient que leur caravane et leur sang. Mais c'était un sang jeune qui flambait sous la peau, un flux pourpre de vitalité qui avait séduit des femmes et engendré sans compter. Aussi, comme leur mère qui avait connu le temps des chevaux et des roulottes, ils auraient craché par terre à l'idée d'être plaints.»


«Simon et Héléna, Lulu et Misia, Moustique et Milena, Antonio et Nadia. Et son Angelo solitaire. Elle les couvait de son regard jaune, ses enfants qui avaient pris femme et se multipliaient, les comptait dans ses prières, Sainte Marie mère de Dieu, protégez toute ma famille, et faites que Simon soit doux et bon. (Car Dieu nous donnant à tous un fardeau, le Simon était brutal et fou.) »


«Elle lisait et le reste attendait. Le monde était évanoui, et morte ainsi sa dureté, et le froid des jours d'automne oublié lui aussi. D'ailleurs il se mit à pleuvoir quelques gouttes et personne ne bougea. Elle lut le livre jusqu'à la fin, et ce jour-là les enfants repartirent en criant des mercis.»


«Sa rage à lui ne resta pas cachée. La première nuit, à coups de batte de fer, il défonça sa caravane. Il jurait, hurlait ce prénom Héléna, dévoilait leurs secrets en menaçant la nuit froide (et le souffle qui sortait de lui comme une brume, à la fois humide et haletant, semblait celui d'une bête) puis il se remettait à taper.»


«Et Angelo, où il est passé ? On ne le voit jamais ! Si, dit Angéline, moi je le vois. Puis elle confia : Il a peine à vivre. Et disant cela elle regarda Esther d'une étrange manière. Il a pas de femme à lui, dit Angéline. Esther ne disait rien. Non, dit Angéline à regret, personne pour le dorloter mon petit, personne à lutiner.»


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Un roman d'Alice Ferney. C'est-à-dire, un roman envoûtant, beau, long, triste. C'est une sorte de fresque familiale montrant la dureté de la vie des Gitans mais aussi, leur bonheur. On ne peut le lire que d'un trait, et aspirer goulûment cette force qui émane du livre. Le style d'Alice Ferney est simple mais tellement beau ! D'une beauté tragique. Merci.

. A . L I R E .



# Posté le samedi 07 juillet 2007 04:54

•8•

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Petits crimes conjugaux, Eric-Emmanuel Schmitt ■


♥♥♥♥


«GILLES. Est-ce que vous l'aimiez, lui ?
LISA. Qui lui ?
GILLES. Lui ! Moi quand j'étais encore moi ! Votre mari !
LISA. Calmez-vous.
GILLES. Ah, vous me vouvoyez ! Vous n'êtes pas ma femme ! Il faut que je parte d'ici.
LISA. Gilles, calme-toi. Je m'y perds dans tes questions. Je t'ai vouvoyé par réflexe.
GILLES. Réflexe ?
LISA. Réflexe grammatical ! Tu me vouvoies et tu me parles de lui pour toi. Je ne sais lus où j'en suis.
GILLES. Moi non plus.
LISA. Que me demandais-tu ?
GILLES. Si tu aimais ton mari.»


«GILLES. Qui me prouve que vous n'êtes pas allée à l'hôpital comme on se rend dans un refuge pour animaux abandonnés ? Vous êtes passée à l'étage des amnésiques en vous demandant lequel vous pourriez adopter. Vous vous êtes dit en me voyant : "Celui-là est plutôt mignon, il n'est pas très jeune mais il a de bons yeux, il semble propre, je vais le ramener à la maison en lui faisant croire que je suis sa femme." Vous ne seriez pas veuve ?
LISA. Veuve ?
GILLES. On m'a parlé d'un réseau de veuves qui dirigent un trafic d'amnésiques.»


«GILLES. Petits crimes conjugaux, un recueil de nouvelles, je devrais plutôt dire un recueil de très mauvais nouvelles tant la théorie qui y est développée se vautre dans le pessimisme. J'y décris le couple comme une association d'assassins.»


«GILLES. Tu m'aimes, donc tu me tues ?
Lisa, la nuque cassée, les yeux au sol, murmure plus pour elle-même que pour lui :
LISA. Je t'aime et ça me tue.
Gilles comprend qu'elle est sincère.»


♥♥♥♥


Une pièce de théâtre qu'on se plairait à voir sur scène. Par moment ça me rappelle Art, de Yasmina Reza, par la violence sourde qui règne et le décortiquement des sentiments. Mais je pense que c'est le théâtre contemporain. Un couple s'aime mais n'arrive pas à se comprendre. Très bien écrit. Beau, et même parfois légérement comique.


# Posté le samedi 07 juillet 2007 14:22