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Rouge Brésil, Jean-Christophe Rufin ■


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«- Nous sommes au fait, prononça-t-il de sa voix égale, tendue d'une froide menace, du danger des côtes où nous allons aborder. Cependant, notre décision est arrêtée : nous appareillerons dans huit jours pour aller fonder au Brésil une nouvelle France.»


«- Êtes-vous aussi des truchements ? demanda Just un peu plus tard car il ruminait ce mot et ne parvenait pas à en découvrir le sens.
- Tout autant que toi, compain ! ricana leur voisin. Nous le serons d'abord qu'on nous aura mis au milieu des sauvages.»


«Colombe s'emplit naturellement de tout cela. Elle mit du temps, d'abord à s'effacer elle-même. Sa présence d'Européenne, quoiqu'elle la voulût calme et discrète, rompait par des brusqueries l'harmonie indienne. Le plus aisé, en vérité, était le langage des mots. Les femmes l'initièrent à des rudiments de conversation qui lui furent assez vite familiers. Mais combien plus difficile était la grammaire des corps.»


«- Elles sont habillées, dit Colombe, et... elles se déshabilleront après.
Cette explication embarrasée et passablement oiseuse la fit rougir puis elle éclata de rire et tous les Indiens, timidement d'abord, puis avec un évident plaisir, l'imitèrent.
Quand le silence fut revenu, ils restèrent tous un moment à regarder l'eau qui rosissait en léchant le flanc des récifs.
- Voilà donc ce qu'ils nous veulent ! s'exclama une femme et toutes les autres hochèrent gravement la tête.»


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La conquête du Brésil par les français au XVIè siècle. La découverte d'un peuple qui leur semble barbare. Cela peut sembler d'abord très ennuyeux mais c'est un véritable roman qui se lit très bien. On s'attache rapidement aux personnages principaux et le temps passe bien vite.


# Posté le samedi 21 juillet 2007 07:02

Modifié le lundi 13 août 2007 09:56

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La chemise de la fée et autres contes, Henri Pourrat ■


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«Il y avait une fois un garçon qui allait garder ses vaches sur le pâturage, entre les têtes des montagnes.»


«Il y avait une fois un roi un peu sur l'âge, mais de sang jeune encore, et le coeur tout de feu.»


«Il y avait une fois un prince qu'on appelait le prince Marcassin.»


«Il y avait une fois un homme qu'on nommait Picqualuge, et Piqualise, comme le geai des bois, qui vit à l'aventure, de ce qui se trouve : le faîne du fayard et la baie du buisson.»


«Il y avait une fois un garçon sans maison, sans métier, sans argent. Enfin, désemparé de tout. Dans le pays on le nommait Pampelune.»


«Il y avait une fois un ogre qui avait un château à la cime d'une montagne. Il y demeurait avec son ogresse et leur valet; et le métayer demeurait au bas de la côte, dans une maisonnette où il nichait comme il pouvait, avec sa femme et leurs douze petits.»


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Une multitude de contes se lisant vite et bien (dis donc, j'arrête pas de répéter ces mots ^^). Certains ne sont pas mal du tout, on en tire quelque chose par rapport à la Vie.


# Posté le samedi 21 juillet 2007 07:12

Modifié le lundi 13 août 2007 09:57

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La fureur de vivre, Nicholas Ray ■


♥♥♥♥


«Toute cette jeunesse est trop sensible, et pour se protéger, elle adopte d'instinct une attitude d'indifférence, de bravade, feignant la dureté pour remplacer le courage qui leur fait si totalement défaut. Les grands garçons aux visages enfantins cachent leur incertitude sous des vestes de cuir et des "blue jeans", afin de ressembler - du moins, l'espèrent-ils - à des gangsters et à des débardeurs.»


«- Merci, je pars avec la bande.
La bande ? Jim comprit aussitôt. Dans un crissement affreux de freins, une vieille guimbarde décapotable, peinte en rouge sang, s'arrêta net à quelque vingt mètres. Une demi-douzaine de garçons et deux jeunes filles, affublés de vestes de cuir et de "jeans" s'y entassaient. Quelques-uns occupaient les banquettes, les autres étaient installés sur la bâche repliée, en laissant pendre les jambes à l'extérieur. L'un d'eux s'était même installé sur un pare-boue. Ils menaient grand vacarme assourdissant, et interpellaient les passants. Le garçon installé au volant - le plus arrogant de la compagnie - écrasait l'avertisseur qui lançait un ululement ininterrompu. Leur exubérance était un peu artificielle, un peu inquiétante aussi. C'était des bourgeois, aisés, mais qui voulaient cacher leur aisance sous des manières de forts des halles. Pleins d'assurance, ils voulaient attirer l'attention, épater.»


«Intérieurement,il brûlait d'entreprendre le chef de bande, mais il ne cessait de penser aux recommandations de Frameck - recommandations qui avaient eu plus d'effet que celui-ci ne devait se l'être imaginé - et se répétait sans cesse qu'il fallait se dominer. Mais si Buzz n'en finissait pas de le provoquer, il ne pourrait plus se retenir...
- Tiens, attrape ! cria l'un de la bande, et au même instant un couteau tomba devant ses pieds. La lame ouverte brillait au soleil. Jim la regarda, l'estomac contracté.»


«Mr. Sark haussa les épaules. Découragé, il demanda à son tour :
- T'ai-je jamais empêché de faire ce que tu voulais ? Je voudrais t'aider, fiston, mais que faire ? Tu as dix-huit ans, c'est un âge difficile. Un âge merveilleux, Jim, mais qui a ses problèmes. Dans dix ans, tu verras tout cela sous un angle bien différent ; dans dix ans, quand tu évoqueras le souvenir de cette journée...
- Dans dix ans ! explosa Jim. C'est maintenant que je veux ta réponse. Maintenant, as-tu compris ? Papa, je t'en supplie... Réponds-moi ! Qu'attends-tu ? J'ai besoin de toi, papa, je "dois" avoir ta réponse.»


« - Peut-être... fit Platon, rêveur. Voyez-vous, ce qui me plairait, ce serait de toujours rester ici, tous les trois. Toi et Judy et moi... On pourrait vivre des produits de la chasse et de la pêche. Peu à peu, nous remettrions la baraque en état, et d'ici un an, on aurait la plus belle maison de Dawson... Ce serait épatant, pas ?»


♥♥♥♥


Roman tiré du film culte (il a été écrit par le réalisateur). Cette jeunesse violente et perdue y est décrite de façon éclatante, écarlate. Le mal de vivre de cette époque est extrêmement explicite, ce roman pourtant vieux nous paraît étonnament moderne. Les sentiments décrits sont quasiment apparents. Je retrouve un peu de moi dans les bribes de rage assaillant le héros.

. A . L I R E .

# Posté le samedi 21 juillet 2007 07:35

Modifié le lundi 13 août 2007 10:00

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Gens d'auvergne, Jean Anglade ■


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«Alors, de se sentir le seul ange gardien du village abandonné, de se sentir si petite, si faible et si vieille contre les méchancetés du ciel, elle pleura. Ce qui ne lui était pas arrivé depuis bien longtemps.»


«"Mesdames, messieurs, personne ne vous comprend mieux à Entraygues que son maire ici présent. Ces vieilles sont pensionnaires à la maison de retraite Le Doux Repos. Nous ne pouvons quand même pas les tuer ! Les jeter au dépotoir ! Que voulez-vous que j'en fasse ?"
Les touristes se sont consultés; ensuite leur réponse est venue :
"Les tuer, non, la loi ne le permet pas. Alors cachez-les !"»


«Monsieur Laroye, soyez aimable, nous ne sommes plus des enfants, mais des adultes, mûris dans les tranchées, décorés, mutilés, cités à l'ordre du régiment. Allez-vous refuser à des poilus le pauvre plaisir de trinquer ensemble chez le père Q ? Ils vous promettent de rentrer bien sagement, bien verticalement, sans esclandre.
- Moi aussi je suis un ancien combattant, j'ai fait Madagascar, l'Indochine et Ouala-Ouala dans le Pacifique. Reçu un coup de sagaie dans la joue ! Discipline... doit obéir aux ordres... demander autorisation à M. le Directeur... m'étonnerait qu'il vous l'accorde... anarchie, révolution, anthropophagie...»


«Comme la plupart des émouleurs, Tchoucossa était hostile à la religion, à ses pompes et à ses oeuvres. Le paradis, affirmait-il, c'est quand, le soir, assis devant ma porte, je mange ma soupe, bavardant avec mes voisins occupés à la leur. L'enfer, c'est quand je n'ai plus un liard dans ma bourse.»


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C'est un gros livre regroupant sept romans du même auteur que je n'ai malheureusement pas pu finir. C'est tout l'amour de l'Auvergne qui est inscrit à chaque ligne. Dans les destins des personnages, il y a une douceur, une tendresse qui transparaît. Anciennes coutumes et modernité se heurtent avec fracas, l'exode rural est bel et bien présent mais pourtant l'Auvergne reste présente, immuable, toute puissante.

. A . L I R E .

# Posté le dimanche 22 juillet 2007 09:46

Modifié le lundi 13 août 2007 10:03

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Les voix de l'océan, Sharon Creech ■


♥♥♥♥


«Ca m'a fait un drôle d'effet de savoir ce qu'avait choisi Sophie : elle veut nous apprendre les histoires de Bompie.
- Et comment connais-tu les histoires de Bompie ? a demandé Brian.
- Parce qu'il me les a racontées.
Personne n'a rien répondu.

Mais qu'est-ce que c'est que cette salade ? m'a demandé Brian un peu plus tard. Elle n'a jamais vu Bompie de sa vie !
- Fiche-lui la paix, lui ai-je répondu.
»


«C'est comme un long ruban de temps qui se déroulerait devant vous, tout autour de vous. Il n'y a plus vraiment d'hier, ce qui est assez troublant, parce que alors qu'est-ce que demain ? Et que veut dire la semaine dernière ou l'année dernière ? Et s'il n'y a plus d'hier ni d'année dernière, ni d'il y a dix ans, alors c'est qu'il n'y a plus qu'un éternel présent, un gigantesque présent infini.
Cela me fait une drôle d'impression, comme si je pouvais dire : "Aujourd'hui, j'ai quatre ans" et qu'en le disant je pouvais effectivement avoir de nouveau quatre ans. Mais c'est impossible. Pas dans la vie, n'est-ce pas ?
»


«Aujourd'hui, j'ai demandé à oncle Dock s'il savait ce qui était arrivé aux parents de Sophie.
- Rien, a-t-il dit. Ils sont rentrés au Kentucky...
- Non, pas ces parents-là, ses vrais parents.
- Ah !
- Tu sais ce qu'il leur est arrivé ?
- Mouais.
- Tu vas me le dire ? ai-je insisté.
- Non.
- Pourquoi non ?
- Parce que ce n'est pas une très belle histoire.
»


«Des vagues et un vent féroces. On se croirait en pleine bataille, et il vaut mieux être sur le pont à s'occuper et à essayer de tenir debout, parce que dès qu'on s'arrête et qu'on descend dans le carré, on a le temps de réfléchir et on sait qu'on va mourir.
Voilà pourquoi je remonte sur le pont.
»

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Simple roman jeunesse... Je m'en fiche, c'est magnifique ! C'est émouvant ! Je suis tombée sous le charme de ces mots. Laissez-vous embarquer dans ce vaisseau où chacun apprendra, où chacun se découvrira, et où tout le monde s'aimera.

. A . L I R E .

# Posté le dimanche 22 juillet 2007 10:03

Modifié le lundi 13 août 2007 10:04