■ La fureur de vivre, Nicholas Ray ■
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«Toute cette jeunesse est trop sensible, et pour se protéger, elle adopte d'instinct une attitude d'indifférence, de bravade, feignant la dureté pour remplacer le courage qui leur fait si totalement défaut. Les grands garçons aux visages enfantins cachent leur incertitude sous des vestes de cuir et des "blue jeans", afin de ressembler - du moins, l'espèrent-ils - à des gangsters et à des débardeurs.»
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«- Merci, je pars avec la bande.
La bande ? Jim comprit aussitôt. Dans un crissement affreux de freins, une vieille guimbarde décapotable, peinte en rouge sang, s'arrêta net à quelque vingt mètres. Une demi-douzaine de garçons et deux jeunes filles, affublés de vestes de cuir et de "jeans" s'y entassaient. Quelques-uns occupaient les banquettes, les autres étaient installés sur la bâche repliée, en laissant pendre les jambes à l'extérieur. L'un d'eux s'était même installé sur un pare-boue. Ils menaient grand vacarme assourdissant, et interpellaient les passants. Le garçon installé au volant - le plus arrogant de la compagnie - écrasait l'avertisseur qui lançait un ululement ininterrompu. Leur exubérance était un peu artificielle, un peu inquiétante aussi. C'était des bourgeois, aisés, mais qui voulaient cacher leur aisance sous des manières de forts des halles. Pleins d'assurance, ils voulaient attirer l'attention, épater.»
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«Intérieurement,il brûlait d'entreprendre le chef de bande, mais il ne cessait de penser aux recommandations de Frameck - recommandations qui avaient eu plus d'effet que celui-ci ne devait se l'être imaginé - et se répétait sans cesse qu'il fallait se dominer. Mais si Buzz n'en finissait pas de le provoquer, il ne pourrait plus se retenir...
- Tiens, attrape ! cria l'un de la bande, et au même instant un couteau tomba devant ses pieds. La lame ouverte brillait au soleil. Jim la regarda, l'estomac contracté.»
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«Mr. Sark haussa les épaules. Découragé, il demanda à son tour :
- T'ai-je jamais empêché de faire ce que tu voulais ? Je voudrais t'aider, fiston, mais que faire ? Tu as dix-huit ans, c'est un âge difficile. Un âge merveilleux, Jim, mais qui a ses problèmes. Dans dix ans, tu verras tout cela sous un angle bien différent ; dans dix ans, quand tu évoqueras le souvenir de cette journée...
- Dans dix ans ! explosa Jim. C'est maintenant que je veux ta réponse. Maintenant, as-tu compris ? Papa, je t'en supplie... Réponds-moi ! Qu'attends-tu ? J'ai besoin de toi, papa, je "dois" avoir ta réponse.»
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« - Peut-être... fit Platon, rêveur. Voyez-vous, ce qui me plairait, ce serait de toujours rester ici, tous les trois. Toi et Judy et moi... On pourrait vivre des produits de la chasse et de la pêche. Peu à peu, nous remettrions la baraque en état, et d'ici un an, on aurait la plus belle maison de Dawson... Ce serait épatant, pas ?»
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Roman tiré du film culte (il a été écrit par le réalisateur). Cette jeunesse violente et perdue y est décrite de façon éclatante, écarlate. Le mal de vivre de cette époque est extrêmement explicite, ce roman pourtant vieux nous paraît étonnament moderne. Les sentiments décrits sont quasiment apparents. Je retrouve un peu de moi dans les bribes de rage assaillant le héros.
. A . L I R E .