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L'ombre des vampires, Mette Skot Perschke ■


♥♥♥♥


«- Vous avez des enfants ?
Vivian fit non de la tête.
- Mari ? Amant ? Animaux ?
La réponse était encore négative.
- Un casier judiciaire vierge ?
- Sara ! s'exclama son père, choqué.
- Ce n'est pas grave, Frank ! Sara est tout à fai en droit d'être sur ses gardes. Vous ne me connaissez pas, et tout cela est allé si vite que je ne peux que me montrer heureuse de voir que tu me poses des questions, Sara.
- Il n'est pas dans mon intention de vous rendre heureuse.
Vivian mit son sac militaire sur ses épaules et déclara :
- Alors à demain !
- Quelle est votre profession ?
Se figurait-elle que Sara abandonnerait la partie aussi facilement !
Vivian se retourna et déclara avec un grand sourire :
- Je suis chasseuse d'animaux nuisibles.»


«Sara le regarda.
La cicatrice sur sa joue lui étirait un peu l'oeil, donnant à son visage une expression tragicomique, comme celle d'un clown en pleurs.
Elle tendit une main prudente vers lui.
- Il ne faut pas que tu me touches, implora-t-il dans un murmure.»


«- Je t'aime, Sara !
Elle le dévisagea, médusée. C'était bien la dernière des phrases qu'elle s'attendait à entendre.
- Tu es fou !
- Oui ! Et tu sais ce qui est encore plus fou ? Cela fait cent cinquante ans que je t'aime. Il ne s'est pas passé une année, une seule, sans que je t'attende.»


«- Une fois ou deux, peut-être. Guère plus. Tu me comprendrais mieux si tu pouvais voir le monde avec mes yeux. Si tu pouvais voir la lumière bleue qui se déverse de la lune. Si tu pouvais voir toute cette vie qui s'en dégage. Toutes ces flammèches rouges et brillantes qui brûlent autour de nous. Si tu pouvais voir tout cela, si tu pouvais en faire l'expérience avec mes facultés sensorielles, alors tu comprendrais pourquoi je ne veux plus redevenir humain, pourquoi j'aime être ce que je suis.
Il détourna le regard puis haussa les épaules.
- De toute façon, c'est sans retour. A partir du moment où on l'a voulu, c'est sans retour.»


«Sara éclata en sanglots. De grosses larmes chaudes coulaient le long de ses joues, et laissaient sur sa peau des traces rouges, sanguinolentes.
- Cessez immédiatement ! Et épargnez vos forces. Vous allez en avoir besoin.
- Que se passe-t-il, là-bas ? entendirent-ils quelqu'un crier.
Damian regarda par-dessus son épaule et feula de dépit, avant de s'élancer dans la rue.
Sara était tout à la fois soulagée de le voir s'éloigner, mais désespérée à l'idée de le perdre - voir disparaître celui qui aurait pu l'aider, qui aurait pu lui dire comment elle allait pouvoir se débrouiller, comment elle allait pouvoir redevenir normale... peut-être...
"A partir du moment où l'on a fait ce choix, c'est sans retour", résonna la voix d'Andreas dans ses pensées.
Sans retour...
- Tout va bien ? s'enquit une voix.»


♥♥♥♥


Vous qui aimez Fascination, vous qui aimez Tentation, vous qui aimerez Hésitation, jetez-vous sur ce joyau !! Mais attention ! Ne vous attendez pas à retrouver la même histoire ! Peut-être les mêmes ingrédients mais la sauce est totalement différente. Moi, je ne peux qu'adhérer... adorer.

. A . L I R E .

# Posté le lundi 13 août 2007 10:29

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Le pont de la rivière Kwaï, Pierre Boulle ■


♥♥♥♥


«- Je hais les Britanniques, commença le colonel Saïto. Vous êtes ici, sous mon seul commandement, pour exécuter les travaux nécessaires à la victoire de la grande armée nippone. J'ai voulu vous dire, une fois seulement, que je ne tolérerai pas la moindre discussion de mes ordres. Je hais les Britanniques. A la première protestation, je vous punirai d'une manière terrible. La discipline doit être maintenue. Si certains se proposent d'en faire à leur tête, ils sont prévenus que j'ai sur vous tous droit de vie et de mort. Je n'hésiterai pas à user de ce droit, pour assurer la bonne exécution des travaux que m'a confiés Sa Majesté impériale. Je hais les Britanniques. La mort de quelques prisonniers ne me touchera pas. Votre mort à tous est insignifiante pour un officier supérieur de la grande armée nippone.»


«Le colonel Nicholson avait établi une liste des questions à débattre, et attendait, entouré de ses officiers, dans la longue baraque qui servait de réfectoire. Saïto arriva, accompagné de son ingénieur, de quelques gardes de corps, et de trois capitaines qu'il avait amenés pour grossir sa suite quoiqu'ils ne comprissent pas un mot d'anglais. Les officiers britanniques se levèrent et se mirent au garde à vous. Le colonel salua réglementairement. Saïto parut désemparé. Il était venu avec l'intention d'affirmer son autorité, et se sentait déjà visiblement en état d'infériorité devant ces honneurs rendus avec une traditionnelle et majestueuse correction.»


«Il ne déposait ces instruments que pour saisir une autre feuille de papier et effectuer fièvreusement des pieds carrés de calculs, sacrifiant son sommeil, après des journées harrassantes, pour incarner sa science dans l'oeuvre qui devait démontrer la supériorité occidentale - ce pont qui devait supporter les trains japonais, dans leur course triomphale vers le golf du Bengale.»


«- Ce serait une erreur grossière de croire que le sabotage d'un pont est une opération simple. - Joyce resterait caché sur la rive ennemie, attendant le train. Shears rejoindrait Warden et tous deux s'occuperaient de protéger la retraite.»


♥♥♥♥


Pour ma part, les vieux romans sont toujours d'actualité. S'ils sont bons, je ne peux qu'apprécier. Anglais, Japonais, ennemis. Prisonniers, guerre, pont. Education, bêtise, soldats, folie de l'Homme. Pointe d'humour par-ci, par-là. Résultat choc, emballant.

. A . L I R E .

# Posté le mardi 14 août 2007 15:44

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L'embrouille entre Kiffo et le pitbull, Barry Jonsberg ■


♥♥♥♥


«- J'ai le sentiment que vous surestimez les capacités linguistiques de Jaryd Kiffing, mademoiselle. Vous semblez négliger de considérer les effets d'un environnement familial défectueux ainsi que ceux du milieu socio-économique dans lequel il évolue sur un intellect à qui l'on n'a jamais donné l'opportunité de s'épanouir. Sur ces trente mots, mademoiselle Plait, Kiffo n'n a pas entendu vingt-huit dans toute son existence. La maison Kiffing ne fait guère de cas du succès scolaire, non plus qu'elle n'encourage l'excellence dans d'autres domaines que ceux de la boisson et de la flatulence. A ma connaissance, Kiffo n'a pas lu un livre de sa vie. Je doute même qu'aujourd'hui encore il serait capable d'en colorier un de façon satisfaisante. Votre test, mademoiselle Plait, était un échec assuré pour Kiffo et ceux de son espèce. Il aurait pu tout aussi bien être en swahili ou en serbo-croate. Il était, intellectuellement et scolairement parlant, d'une injustice flagrante.»


«- Plus que dix minutes. Après, elle aura fichu le camp. Toi, tu n'auras qu'à surveiller les alentours et à m'avertir si tu repères quelqu'un de louche. Facile.
- Ben tiens ! Explique-moi juste comment je te préviens si je repère quelqu'un de louche. Je déclenche un feu d'artifice ? Je gueule dans un porte-voix ? Je réunis une fanfare ?
Il a serré un peu plus les paupières. La vache ! J'aurais aimé savoir en faire autant. Je me suis promise de m'entraîner. Il n'a rien dit pendant quelques instants et, submergée par un de ces atroces pressentiments, j'ai deviné qu'il n'avait pas envisagé la question. Ce qui n'avait rien de très surprenant, à la réflexion.»


«Notre prof nous a demandé d'écrire un chapitre de journal intime du point de vue de Lady Macbeth après le meurtre du vieux souverain qui, au passage, s'appelle Duncan. Vous y croyez, vous ? On parle de Shakespeare, nom d'un chien ! De la tragédie, et de la meilleure. Et nous sommes priés d'imaginer que, au milieu de ces effusions de sang, Lady Macbeth va sortir son journal intime de Monop' tous les soirs, afin d'y gribouiller quelques menues pensées ? Du coup, voilà ce que j'ai écrit.»


«- Quoi de neuf, Calma ? m'a lancé Kiffo en extirpant de sa poche une cigarette roulée méchamment coudée.
- Ah ! ai-je soupiré. Ne m'en parle pas !
- Ah.
Il a allumé sa clope. Le silence s'est installé.
- Kiffo, ai-je soupiré derechef, t'ordonner de ne pas m'en parler est une façon de te demander de m'en parler. C'est une espèce de question rhétorique - enfin, pas une question, plutôt une affirmation, mais l'effet est le même. Tu es censé insister pour en apprendre plus. Quand on pense, d'ailleurs, ce n'est pas si rhétorique que ça.»


«- File ! a hurlé Kiffo.
Un peu inutilement si vous voulez mon opinion, dans la mesure où j'avais une bonne vingtaine de mètres d'avance sur lui.
Vous avez déjà vu un de ces films où ils se servent d'une caméra à l'épaule pour les scènes d'action ? L'image tressaute, et l'on ne perçoit qu'une respiration haletante ? Rappelez-vous,et vous aurez une idée assez juste des quelques minutes qui ont suivi»


♥♥♥♥


Cet écrivain a une plume en or ! Ce livre est vraiment génial, avec un rythme infernal, de l'humour caustique à toutes les pages et des rebondissements surprenants ! Pas besoin de résumé, on est juste accroché par cette tonalité. Qui t'étonne. Qui détonne. Et qui en fait des tonnes !

. A . L I R E .

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# Posté le mercredi 15 août 2007 08:54

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La maison et le monde, Rabindranath Tagore ■


♥♥♥♥


«Mon bien-aimé, il était digne de vous de ne jamais vouloir mes adorations. Mais, si vous les aviez acceptées, vous m'auriez rendu un grand service. Vous montriez votre amour en me parant, en m'instruisant, en me donnant ce que je demandais et ce que je ne demandais pas. J'ai vu les profondeurs d'amour qu'il y avait dans vos yeux quand vous me regardiez. J'ai entendu le soupir douloureux et secret que vous supprimiez par amour pour moi. Vous aimiez mon corps comme s'il avait été une fleur du paradis. Vous aimiez mon être tout entier comme s'il avait été le don de quelque rare Providence.»


«- Ne pensez pas, dit-il, que je sois gourmand. Ce n'est pas pour le dîner que je suis resté. C'est à cause de votre invitation. Si vous vous sauvez maintenant, ce ne serait pas jouer franc-jeu avec votre hôte.
S'il n'avait pas dit ces quelques mots avec une aisance si négligée ils auraient paru hors de propos. Mais, après tout, n'était-il pas assez l'ami de mon mari pour me considérer comme sa soeur ?
Tandis que j'essayais d'imiter ce ton si vivement intime, mon mari vint à mon secours :
- Pourquoi, dit-il, ne reviendrez-vous pas auprès de nous quand vous aurez dîné vous-même ?»


«- Je ne tiens pas à ces subtiles arguties. Je vous dirai tout bonnement ce que je sens. Je ne suis qu'humaine. Je convoite. Je désire les meilleures choses pour ma patrie. Si j'y étais forcée, je les arracherais, je les filouterais. Je suis capable de colère. Je me mettrais en colère pour l'amour de ma patrie. S'il le fallait, je frapperais et tuerais pour la venger. J'éprouve le besoin d'être fascinée, et cette fascination, je la demande à ma patrie sous une forme visible. Il faut qu'elle me fournisse quelques symboles évidents qui jettent un charme sur mon esprit. Je voudrais traiter mon pays comme une personne, l'appeller mère, déesse, Durga; et pour cette personne je rougirais la terre du sang des sacrifices. Je suis humaine, je ne suis pas divine.
Sandip se dressa, les bras levés, et cria :
- Hourrah !
Mais il se reprit tout de suite :
- Bande Mataram !»


«Je ne conteste pas le point de vue de Nikhil : je ne le comprends que trop. Je suis né dans l'Inde; et le poison du spiritualisme coule dans mes veines. Même si je dénonce la folie de marcher dans le chemin de l'abnégation, je ne l'évite pas toujours.
De telles anomalies sont fréquentes aujourd'hui dans notre pays. Nous voulons à la fois la religion et le patriotisme, le Bhagavadgita et le Bande Mataram. Et ainsi l'un et l'autre en souffrent. C'est comme un concert où une fanfare anglaise s'unirait à nos flûtes nationales. Le but de ma vie doit être de mettre fin à cette hideuse confusion.
Je veux que le style militaire de l'Occident prévale, et non le style oriental de l'Inde. Alors nous n'aurons pas honte de déployer le drapeau de passion que la nature nous a donné à porter dans le champ de bataille de la vie. La passion est pure et magnifique comme le lys qui pousse dans le fange. Elle s'élève au-dessus de la boue et n'a besoin d'aucun savon pour se blanchir. »


♥♥♥♥


C'est un roman à trois voix. Un hymne à l'Amour, à la Passion dans toute sa splendeur. Les Hommes, leurs Idéaux, les Idées bouleversent une Femme qui envers et contre tous trouvera sa route à suivre. Ce roman est difficile à lire, certains dialogues ne sont pas à ma portée. Mais la beauté du texte est bien là et la poésie des mots me font apprécier ce roman à mon petit niveau. Un livre peut se lire à différentes étapes de la vie, et peut être compris différemment à chaque fois.

. A . L I R E .
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# Posté le mercredi 15 août 2007 09:02

Modifié le jeudi 16 août 2007 14:05

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Mille regrets, Elsa Triolet ■


♥♥♥♥


«J'ouvris mon sac pour sortir l'argent, mais le vieux secoua la tête :
- Inutile, la bague est partie. Alors, rien à faire pour le manteau ? Non ? Voulez-vous du sucre ? Je peux vous en donner 10 kilos à soixante-dix francs le kilo.
J'écrivis : "Je n'ai pas besoin de sucre, je veux ma bague." Il haussa les épaules, se pencha sur moi :
- Vous ne voulez pas travailler avec moi ? Je vous ferai faire des voyages intéressants, loin...
Comment sait-il que je voudrais partir au bout du monde pour me cacher de Tony, pour que Tony ne puisse pas me voir... La France est devenue aussi petite qu'une cellule de prisonnier : trois pas en large et un mur, cinq pas en long et un mur. La fantaisie n'est plus dans nos moyens. Mais de toute façon, où peut-on aller dans ce monde qui flambe de partout, même si on pouvait aller quelque part ?»


«Ce qui est inconcevable, c'est que personne autour de moi n'a l'air de remarquer combien Henri Castellat est ignoble. On le trouve l'expression même de la sagesse et de la normalité, on l'admire. Ce n'est pas du cynisme, c'est de l'inconscience de leur part. Je n'arrive même pas à m'expliquer à ce sujet, on n'a pas l'air de comprendre ce que je lui reproche. Comment leur mettre le nez dans la crotte, quand ils ne voient ni que c'est de la crotte, ni que c'est leur crotte ! Quand j'ai essayé de dire à Josette Morot qu'Henri était quelqu'un de très mal, elle a ouvert de grands yeux : un homme si parfaitement honnête, franc, simple malgré sa célébrité, pourquoi est-ce que je parlais de lui comme d'un malfaiteur ? Elle en conclut que cela n'allait plus entre Henri et moi et que c'était de ma part, dépit ou jalousie...»


«Je passe des heures sur mon lit à sommier métallique qui grince et chante sous moi. Ma main pend hors du lit, au fil de l'eau, et rencontre la poitrine de la guitare : elle résonne et se meurt... Ma main attrape le journal, celui d'hier ou de l'autre semaine. Je lis les petites annonces. J'essaye de penser à Georges, à ce pauvre Georges qui est prisonnier. Je le regrette pour lui. Cependant, si durant la vie d'un homme j'ai pensé de lui que c'est un salaud, le fait qu'il soit mort ne m'empêchera pas de penser que cela avait été un salaud durant sa vie. La mort n'a pas le don d'ennoblir le passé. Georges n'est pas un salaud, d'ailleurs il n'est pas mort, il est prisonnier.»


«- Il n'est pas sept heures, dit Rose, on n'a pas vu passer l'amoureux. Tiens, justement, le voilà...
Un homme débouchait de l'avenue et s'avançait lentement vers eux. Ni grand, ni petit, correct, chapeau mou, complet foncé, petite moustache blonde. Arrivé devant madame Louise, il ralentit encore, leva vers elle de très grands yeux gris, et continua son chemin. Madame Louise rougit tellement, que même son front bombé, son cou fort et rond, et jusqu'à son décolleté en pointe entre les seins devinrent rouges, comme si on avait renversé du vin rouge sur une nappe blanche. C'est comm cela qu'elle rougissait tous les soirs au passage de cet homme, exactement à sept heures, comme un train»


♥♥♥♥


Dans ces nouvelles, on sent l'amertume, le vague à l'âme, la mélancolie qui se dégage et se propage. Elles sont axées sur la période d'avant, pendant, après l'Occupation. Il y a du charme dans ce livre, un charme ancien nous laissant souvent sur notre faim.

# Posté le jeudi 16 août 2007 14:12

Modifié le jeudi 16 août 2007 14:49